Coforchange Produits Articles Relations entre les végétations actuelles et les anciennes perturbations
jf.gillet@natureplus.be ; jldoucet@ulg.ac.be
La dynamique de la forêt semi-décidue en Afrique centrale et ses origines sont particulièrement étudiées dans le cadre du projet CoForChange. Plusieurs zones d’échantillonnage ont été identifiées au sein de cette vaste unité phytogéographique à l’aide d’études cartographiques préalables. Elles sont situées dans les concessions forestières des sociétés partenaires. Au total, seize sites ont été ciblés , principalement au nord de la République du Congo ainsi qu’au sud-est du Cameroun (figure 1 ).
Au Congo , les sites sont situés sur des formations géologiques de couverture du Tertiaire et du Quaternaire, grès et alluvions , alors qu’au Cameroun ils se trouvent sur le craton du Précambrien . Un inventaire normalisé a été mené sur les différents sites. Cet inventaire identifie trois strates de végétation : les arbres ≥ 10 cm de diamètre, la strate ligneuse du sous-bois, incluant la régénération (toutes les tiges ligneuses supérieures à 1 m 30 jusqu’à 10 cm de diamètre), et les herbacées géantes (Marantaceae, Zingiberaceae et Commelinaceae ). Le sol de chaque site a été étudié par des sondages à la tarière, couplés à une fosse pédologique de référence. En outre, l’abondance des charbons de bois et la présence d’éventuels artefacts (noix de palme calcinées, céramiques, scories de métallurgie, pierres taillées) ont été systématiquement relevées par niveau de profondeur.
Lors des inventaires, un ensemble de 376 taxons ligneux ont été répertoriés , sur 3,3 ha pour les arbres et 4 224 m2 pour la strate ligneuse du sous-bois. Différents types forestiers de terre ferme ont été sondés : forêts denses comprenant notamment des peuplements à Owom (Manilkara mabokeensis ) (figure 2 ), à Ayous (Triplochiton scleroxylon ) et à Limbali (Gilbertiodendron dewevrei ) (figure 3), et formations à canopée ouverte à Marantaceae présentant différents degrés d’ouverture (figure 4 ).
La densité moyenne des arbres ≥ 10 cm de diamètre varie de 140 à 552 tiges à l’hectare en fonction des sites, et celle de la strate ligneuse du sous-bois de 6 à 172 tiges 100 m-2 . Le taux de recouvrement des grandes herbacées fluctue entre 0 et 95 %.
Des charbons de bois ont été retrouvés dans tous les sols étudiés mais en abondance très variable, et des artefacts ont été rencontrés sur plus d’un tiers des sites (figures 5 et 6 ).
De fortes variations dans les paramètres structuraux des différents types forestiers étudiés ont été observées. Ces paramètres semblent liés entre eux ainsi qu’aux indices d’anciennes perturbations (charbons dans les sols), comme reflété par les données du tableau.
Tableau : coefficients de corrélation de Pearson pour quatre facteurs sur les 16 sites étudiés
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Densité des arbres
(ha-1 ) |
Densité de la strate ligneuse du sous-bois
(100 m-2 ) |
Recouvrement des grandes herbacées
(%) |
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| Abondance moyenne cumulée des charbons de bois dans les sols | -0,53* | -0,60* | 0,67** |
| Densité des arbres (ha-1 ) | 0,93*** | -0,89*** | |
| Densité de la strate ligneuse du sous-bois (100 m-2 ) | -0,85*** |
*** p < 0,001 ; ** p < 0,01 ; * p < 0,05
Des corrélations significatives sont observées entre les trois strates de végétation . La densité des arbres est reliée positivement à celle de la strate ligneuse du sous-bois, alors que le tapis des grandes herbacées se développe dans les forêts à canopée ouverte (faible densité d’arbres) et inhibe la régénération (faible densité de la strate ligneuse du sous-bois). L’abondance des charbons est corrélée positivement à la couverture herbacée et négativement à la densité des deux strates ligneuses (tableau).
Nous avons constaté que les traces d’anciens feux étaient omniprésentes dans la zone d’étude . Lorsqu’elles étaient alliées à des artefacts, l’origine anthropique des feux (agriculture itinérante sur brûlis, anciens villages et campements…) était confirmée. Ces feux ont façonné les forêts au cours du temps et auraient notamment favorisé l’expansion des formations à canopée ouverte à Marantaceae et des peuplements d’essences commerciales héliophiles actuellement exploités.
Des analyses physico-chimiques , isotopiques du carbone (δC13 ) et de densité apparente des sols sont en cours , ainsi que des datations et des identifications botaniques de charbons. Ces études complémentaires permettront de mieux cerner l’évolution des forêts semi-décidues en Afrique centrale.
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